Rue du Disque
Par Gérard Conte
Per laborem ad
artem (Par le Travail vers l'Art) est la devise qui figure sur les armes de
notre arrondissement afin d'associer les deux activités qui ont conjointement
contribué à assurer sa renommée. Pour les héraldistes, l'Art ne pouvait être
représenté que par les Gobelins symbolisés par la fleur de lys puisqu'il
s'agissait à l'origine d'une manufacture royale. Quant au Travail, il est
représenté par deux roues crantées, rappelant que l'industrie métallurgique fut
longtemps à l'honneur dans le XIIIe.
Il est aujourd'hui difficile d'imaginer que notre arrondissement fut
pendant pratiquement un siècle la plus importante concentration industrielle
existant dans Paris intra muros et si certains grands noms ne sont pas encore
oubliés (Panhard‑Lavassor, Delahaye, Say, Lombart, etc.) de nombreux autres ont
quitté la mémoire de nos contemporains.
Il n'y a plus grand monde aujourd'hui qui se souvienne des studios d'enregistrement que l'on trouvait autrefois dans le XIIIe et pourtant il n'est pas exagéré d'affirmer que bon nombre de disques célèbres virent le jour dans notre quartier où l'on trouvait.
Le studio Polydor qui avait son entrée boulevard de la Gare ( à peu près
à la hauteur de l'actuel 72 Bld Vincent Auriol). C'est là que Louis Armstrong
enregistra le 7 novembre 1934 ses tous premiers disques réalisés hors des Etats‑Unis
(raison pour laquelle le carrefour Jenner‑Jeanne d'Arc-Esquirol porte le nom de
place Louis Armstrong). Comme ce studio avait aussi une sortie donnant sur la
rue Jenner, on a tendance à la confondre avec…
… Le studio Jenner qui, en fait, faisait partie des studios de Jean‑Pierre
Melville. Yves Montand y enregistra (notamment la Marie Vison) et ses musiciens
se souviendront longtemps du nombre de prises qui furent nécessaires pour
arriver à un résultat donnant satisfaction à l'interprète. Ils se souviennent
surtout de l'isolation phonique réalisée au moyen de plaques de papier journal
compressé, véritable conservatoire de rongeurs de toute nature.
Le studio Charcot qui eut son heure de gloire avec un fameux preneur de
son nommé Poudebois, véritable coqueluche du monde du show‑bizz parisien. On
affirme que c'est là que Jacques Brel enregistra Le Plat Pays. Selon certaines
informations recueillies il y a plus de dix ans, un café‑brasserie voisin
posséderait encore le livre d'or de ce studio.
Le studio Fagon, situé au 7 de la rue. C'était un ancien boui-boui qui
datait de 1912 et qui avait porté le nom prestigieux d'Excelsior Concert avant
de devenir un très modeste cinéma de quartier. Durant les dernières années
d'activités, l'exploitation du cinéma se limitant aux séances en soirée, la
scène fut aménagée afin d'y permettre des prises de son à petit budget. Les
musiciens, lorsqu'ils y étaient convoqués n'oubliaient jamais de se munir de
poudre insecticide pour combattre efficacement les parasites de toutes origines
laissés par les habitués du cinéma !
Le studio Blanqui, dans le boulevard du même nom où, entre autres
vedettes, Brigitte Bardot vint enregistrer avec son orchestre de ragtime. Le
studio possédait deux sorties, ce qui facilitait certains départs discrets...
Beaucoup de ces studios ont été démolis, certains ont été réaménagés pour
s'adapter à d'autres activités mais il n'est pas impossible qu'il existe encore,
quelque part dans notre XIIIe des lieux où des fous, des allumés, des
passionnés, des cinglés, des dingues de musique ou de chanson continuent envers
et contre tout à vouloir faire vivre l'art auquel ils croient.
Puissions-nous cette fois et à leur intention inverser la devise de notre arrondissement et leur souhaiter : Per Artem ad Laborem et que par l'Art, ils puissent avoir le Travail et donc en vivre...
Gérard Conte
Post‑scriptum : au 39 de l'avenue des Gobelins, on trouvait, au début des
années 1930, un petit studio qui éditait les disques I.V.E. et INOVAT
spécialisés dans la musique antillaise.


Pas étonnant que les studios de JP Melville (réalisateur, au hasard, de "Bob le flambeur") soient partis en fumée s'ils disposaient d'une "isolation phonique réalisée au moyen de plaques de papier journal compressé"...
Rédigé par: Fred | le mardi, 14 juin 2005 à 15:26
Les Studios Jenner renaissent de leurs cendres www.studios Jenner.fr
Rédigé par: Studios Jenner | le lundi, 12 février 2007 à 01:02
Pour la petite histoire, le studio Blanqui utilisé par Philips appartenait en fait à je ne sais plus quelle section de la CGT et était utilisé comme salle de danse le week-end par celle-ci. Le matériel et les instruments devaient donc être déménagés préalablement chaque semaine !
Rédigé par: Patrick Montier | le mardi, 08 avril 2008 à 14:31