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mardi, 14 juin 2005

Rue du Disque

Par Gérard Conte
Per laborem ad artem
(Par le Travail vers l'Art) est la devise qui figure sur les armes de notre arrondissement afin d'associer les deux activités qui ont conjointement contribué à assurer sa renommée. Pour les héraldistes, l'Art ne pouvait être représenté que par les Gobelins symbolisés par la fleur de lys puisqu'il s'agissait à l'origine d'une manufacture royale. Quant au Travail, il est représenté par deux roues crantées, rappelant que l'industrie métallurgique fut longtemps à l'honneur dans le XIIIe.

Il est aujourd'hui difficile d'imaginer que notre arrondissement fut pendant pratiquement un siècle la plus importante concentration industrielle existant dans Paris intra muros et si certains grands noms ne sont pas encore oubliés (Panhard‑Lavassor, Delahaye, Say, Lombart, etc.) de nombreux autres ont quitté la mémoire de nos contemporains.

Il n'y a plus grand monde aujourd'hui qui se souvienne des studios d'enregistrement que l'on trouvait autrefois dans le XIIIe et pourtant il n'est pas exagéré d'affirmer que bon nombre de disques célèbres virent le jour dans notre quartier où l'on trouvait.

Le studio Albert, au 41 de la rue du même nom, commença ses activités à la fin des années 1920 et c'est là que fut enregistrée une bonne partie de l'oeuvre d'Edith Piaf et de Mistinguet. Django Reinhardt et de nombreuses formations françaises de jazz y allèrent assez régulièrement et un titre (Studio Albert) en perpétue le souvenir.

Le studio Polydor qui avait son entrée boulevard de la Gare ( à peu près à la hauteur de l'actuel 72 Bld Vincent Auriol). C'est là que Louis Armstrong enregistra le 7 novembre 1934 ses tous premiers disques réalisés hors des Etats‑Unis (raison pour laquelle le carrefour Jenner‑Jeanne d'Arc-Esquirol porte le nom de place Louis Armstrong). Comme ce studio avait aussi une sortie donnant sur la rue Jenner, on a tendance à la confondre avec…

… Le studio Jenner qui, en fait, faisait partie des studios de Jean‑Pierre Melville. Yves Montand y enregistra (notamment la Marie Vison) et ses musiciens se souviendront longtemps du nombre de prises qui furent nécessaires pour arriver à un résultat donnant satisfaction à l'interprète. Ils se souviennent surtout de l'isolation phonique réalisée au moyen de plaques de papier journal compressé, véritable conservatoire de rongeurs de toute nature.

Le studio Charcot qui eut son heure de gloire avec un fameux preneur de son nommé Poudebois, véritable coqueluche du monde du show‑bizz parisien. On affirme que c'est là que Jacques Brel enregistra Le Plat Pays. Selon certaines informations recueillies il y a plus de dix ans, un café‑brasserie voisin posséderait encore le livre d'or de ce studio.

Le studio Fagon, situé au 7 de la rue. C'était un ancien boui-boui qui datait de 1912 et qui avait porté le nom prestigieux d'Excelsior Concert avant de devenir un très modeste cinéma de quartier. Durant les dernières années d'activités, l'exploitation du cinéma se limitant aux séances en soirée, la scène fut aménagée afin d'y permettre des prises de son à petit budget. Les musiciens, lorsqu'ils y étaient convoqués n'oubliaient jamais de se munir de poudre insecticide pour combattre efficacement les parasites de toutes origines laissés par les habitués du cinéma !

Le studio Blanqui, dans le boulevard du même nom où, entre autres vedettes, Brigitte Bardot vint enregistrer avec son orchestre de ragtime. Le studio possédait deux sorties, ce qui facilitait certains départs discrets...

Beaucoup de ces studios ont été démolis, certains ont été réaménagés pour s'adapter à d'autres activités mais il n'est pas impossible qu'il existe encore, quelque part dans notre XIIIe des lieux où des fous, des allumés, des passionnés, des cinglés, des dingues de musique ou de chanson continuent envers et contre tout à vouloir faire vivre l'art auquel ils croient.

Puissions-nous cette fois et à leur intention inverser la devise de notre arrondissement et leur souhaiter : Per Artem ad Laborem et que par l'Art, ils puissent avoir le Travail et donc en vivre...

Gérard Conte

Post‑scriptum : au 39 de l'avenue des Gobelins, on trouvait, au début des années 1930, un petit studio qui éditait les disques I.V.E. et INOVAT spécialisés dans la musique antillaise.

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Voici les sites qui parlent de Rue du Disque:

Commentaires

Pas étonnant que les studios de JP Melville (réalisateur, au hasard, de "Bob le flambeur") soient partis en fumée s'ils disposaient d'une "isolation phonique réalisée au moyen de plaques de papier journal compressé"...

Les Studios Jenner renaissent de leurs cendres www.studios Jenner.fr

Pour la petite histoire, le studio Blanqui utilisé par Philips appartenait en fait à je ne sais plus quelle section de la CGT et était utilisé comme salle de danse le week-end par celle-ci. Le matériel et les instruments devaient donc être déménagés préalablement chaque semaine !

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